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« 2024: Derrière le vaudeville, choix Ciotti »

Pour longtemps, l’imaginaire politique conservateur en France a été rempli de moments qui semblent extraits d’une tragédie de Shakespeare. À la suite de l’aveuglement de Mai ’68, imaginons le vieux général De Gaulle traversant l’arrière-pays irlandais, dans un moment de suspension entre la fin du règne et la mort. Ensuite, en 1976, nous avons Jacques Chirac qui décide de quitter Matignon pour trahir le président sortant, Valéry Giscard d’Estaing. A chaque époque, sa propre querelle interne : la vieille garde essayant d’éliminer l’entourage de Pompidou, les Chiraquiens cherchant une revanche sur les Balladuriens, les Sarkozystes évinçant les Chiraquo-Villepinistes… Rien n’était décidé en douceur, les couteaux étaient tirés sous le regard des Français soucieux de voir quel descendant conquerrait l’Elysée.

Avec l’arrivée de François Hollande au pouvoir, la famille gaulliste est évincée, sans toutefois cesser leurs conflits internes. Les groupes de Copé contre ceux de Fillon en 2012, Fillon contre le reste du parti en 2017, et les partisans de Macron contre les défenseurs de la ligne traditionnelle. Cependant, la plus grande humiliation pour ce parti qui a fondé et dominé la Ve République est que leurs tourments politiques sont maintenant ridiculisés.

Suite au scrutin européen du 9 juin, Eric Ciotti, le chef du parti Les Républicains (LR), a commis la plus grosse faute électorale de son parti en formant une alliance avec l’extrême droite, un adversaire notoire du général de Gaulle. Le mercredi matin, il s’isole en ordonnant la fermeture des portes du siège du parti sous l’œil des caméras. La rue devant le bâtiment se transforme alors en une scène de théâtre. Florence Portelli, vice-présidente, et Aurélien Pradié, député sortant du Lot, arrivent en hâte, critiquent la situation comme une « comédie absurde » et plaisantent sur le « SAMU », seule solution pour faire sortir l’homme barricadé. Plus tard, Annie Genevard, la secrétaire générale, arrive avec un double des clefs et rouvre les portes.

Telle une pantomime
Le jeudi, comme si rien ne s’était passé, Eric Ciotti, le député des Alpes-Maritimes, réapparaît face aux mêmes journalistes. Il se fait filmer dans son bureau blanc épuré avant de se présenter à la fenêtre. Les vidéos sont diffusées, « aimées » et accompagnées d’émojis pop-corn… La tragédie se transforme en farce loin du pouvoir. C’est comme si les Monty Python réinterprétaient Hamlet et le Roi Lear.

Cet air de vaudeville ne doit cependant pas masquer l’importance de la situation. Malgré les protestations unanimes des poids lourds du parti, ce moment, qui semble surréaliste en surface, est totalement logique. Car l’allégeance du président de LR au Rassemblement National (RN) est avant tout l’aboutissement d’une longue évolution sémantique et idéologique de la droite française.

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