
Au cours de l’année écoulée, les éleveurs de moutons et de bovins en France ont été frappés successivement par trois épidémies dangereuses. En août 2023, une nouvelle variante du sérotype 8 de la fièvre catarrhale ovine (FCO) a été identifiée en Aveyron. Un mois plus tard, la maladie hémorragique épizootique (MHE), originaire d’Espagne, a atteint le territoire français via les Pyrénées-Atlantique. Enfin, le 5 août, un premier cas du sérotype 3 de la FCO, venant de la Belgique, a été détecté dans le Nord. Ces trois épidémies, toutes pouvant être fatales pour les animaux, sont propagées par le même type de moustique, les culicoïdes.
« La situation actuelle en France est sans précédent en Europe, ce qui est préoccupant », commente Emmanuel Garin, épidémiologiste vétérinaire pour le réseau des Groupements de défense sanitaire (GDS France). Selon lui, qu’une ferme soit affectée par une maladie peut avoir des incidences sur la santé, le bien-être des animaux, la production, et le coût des traitements vétérinaires. « Cependant, ajoute-t-il, si une deuxième, puis une troisième maladie frappe quelques mois plus tard, nous ignorons quelles pourraient être les conséquences. C’est une véritable incertitude », explique le spécialiste qui accompagne les éleveurs dans l’amélioration de la santé et du bien-être de leurs bêtes.
La progression des différentes zones touchées est constamment mise à jour par GDS France sur leur carte. Celle-ci montre plusieurs exemples de cocirculation virale. Notamment dans le grand sud-ouest du pays où le sérotype 8 de la FCO et la MHE sont présents. De même, le Nièvre, Saône-et-Loire et Doubs recensent les deux types de serogroupes de la FCO.
Il est important de noter que ces épidémies n’affectent pas les personnes. D’abord détectée en 2006 dans le territoire français, la FCO a engendré plusieurs vagues épizootiques qui ont affecté les moutons et les bovins, et dans une mesure plus restreinte, les chèvres. Bien qu’elle puisse entraîner des symptômes graves chez les animaux, allant de la fièvre à des difficultés respiratoires, en passant par des œdèmes faciaux et des cyanoses de la langue – ce qui lui vaut le surnom de « blue tongue » en anglais – elle n’a toutefois aucun impact sur les êtres humains et n’altère pas la qualité des produits dérivés des animaux atteints, comme la viande ou le lait.
Depuis la réapparition de l’affection en 2015, les signes semblent avoir diminué, potentiellement grâce à l’immunité communautaire développée lors des précédentes épidémies. La FCO est désormais perçue comme endémique; le vaccin contre le sérotype 8 n’est plus subventionné par le gouvernement. Cependant, l’introduction d’une nouvelle variante il y a un an a sévèrement affecté les fermes. « Aucune personne ne prévoyait l’apparition d’une nouvelle variante, car c’est un virus qui mute normalement peu », explique Emmanuel Garin. « Son nom reste le même, mais sanitairment parlant, ce n’est plus la même affection ». Le nouveau sérotype 3, provenant du Nord de l’Europe, redistribue toutes les données. Surtout qu’il semble être plus agressif que son parent du sud; les éleveurs rapportent notamment des animaux qui perdent leurs sabots.
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