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Colère en Algérie face à pénurie d’eau

« Voilà l’aspect de l’eau fournie par les autorités », déclare un résident de Tiaret, située à 260 kilomètres au sud d’Alger, en remplissant des seaux d’un liquide oscillant entre des teintes jaunâtres et marrons, à côté d’un camion marqué par une plaque d’immatriculation des autorités algériennes. Cette scène est capturée dans une vidéo partagée sur les médias sociaux, l’un des nombreux témoignages visuels illustrant la grave pénurie d’eau affectant Tiaret et les municipalités environnantes, où de longues files d’attente sont formées pour accéder à des fûts d’eau, et des citernes d’eau sont transportées par camions.

Depuis mai, le barrage de Ben Khedda, source d’eau principale pour la wilaya (préfecture) de Tiaret, est complètement asséché. Ceci est dû à une faible accumulation de pluie et à des températures dépassant les 40°C. En conséquence, les robinets des résidents ne fournissent plus d’eau.

« Davide Faranda, climatologue et directeur de recherche au CNRS, explique que l’assèchement complet du barrage de Ben Khedda depuis plus d’un mois est une situation inédite, même pour cette région semi-aride. Ce phénomène de sécheresse sévère, qui a commencé autour de 2022 sans aucune interruption, menace sérieusement l’approvisionnement en eau non seulement en Algérie, mais aussi en Tunisie, au Maroc, en Sardaigne et en Sicile », a-t-il déclaré. Faranda est l’un des auteurs d’une étude qui conclut que le changement climatique causé par l’homme est à l’origine de cette sécheresse dans la région.

« On se sent totalement ignorés ».

Yves Tramblay, hydroclimatologue à l’Institut de recherche pour le développement (IRD), basé à Montpellier, met en évidence que la situation critique que nous traversons s’inscrit dans une évolution à long terme. « Nous constatons une augmentation considérable de l’évaporation due au réchauffement des températures depuis de nombreuses années dans cette zone, ainsi qu’une diminution des précipitations totales », précise-t-il. Bien que cette zone soit considérée comme semi-désertique, proche du Sahara, le changement climatique ne fait qu’accentuer les sécheresses et les pénuries d’eau. « Normalement, les réservoirs se remplissent pendant l’hiver. À présent, même à la fin du printemps, il n’y a pas d’eau », ajoute le scientifique, qui a étudié les prévisions de disponibilité de l’eau de surface dans les barrages nord-africains. Il note également que « les scénarios prédisent une intensification de ces phénomènes. Ce n’est pas un simple risque météorologique ».

Environ 600 000 personnes seraient touchées par cette pénurie d’eau, y compris la ville de Tiaret et les communes voisines. D’après des résidents locaux, qui ont préféré rester anonymes et qui ont été contactés par téléphone, ce manque d’eau dure depuis trois ans déjà, mais jamais dans ces proportions. « Nous subissions des coupures d’eau de façon hebdomadaire ou bimensuelle, mais ces dernières semaines, les coupures ont lieu tous les deux jours », affirme un jeune homme.

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