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« En Ukraine, femmes stimulent l’économie »

Tetyana Vorotilova, à l’âge de 37 ans, n’aurait jamais pensé qu’elle deviendrait une agent de sécurité. Pourtant, depuis un peu plus de trois mois, elle occupe ce rôle dans un magasin de la chaine de supermarchés ukrainienne, Silpo. Tetyana, mère d’une adolescente de 17 ans, est maintenant en charge de veiller sur les clients et l’expédition des marchandises toute la journée. C’est une transition majeure par rapport à son précédente profession, en tant qu’infirmière dans un hôpital de Kostiantynivka dans la région de Donetsk, d’où elle a dû s’échapper suite à l’invasion russe de février 2022.

Le poste d’agent de sécurité était traditionnellement occupé par des hommes, admet Nastya Liesnick, responsable des ressources humaines chez Silpo, présente le 11 juin dernier dans le magasin où Tetyana Vorotilova travaille. Celle-ci n’est pas une exception. Anna Kraika, la directrice du magasin, témoigne d’une évolution drastique de la composition de son personnel. Avant le conflit, « nous avions une majorité d’employés masculins », dit-elle. « Mais beaucoup ont quitté leur poste ». L’ancien guardien de sécurité a « probablement quitté » pour échapper à la mobilisation, ajoute-t-elle, fatiguée.

La chaine de supermarchés, face à la pénurie de personnel due à l’incorporation des hommes dans l’armée et la crainte d’autres de suivre le même chemin, est contrainte à diversifier ses embauches. Anna Kraika recrute maintenant à temps partiel des étudiants, des femmes avec des parcours professionnels variés et, parfois, des personnes retraitées. Certaines de ces nouvelles embauchées prennent des postes autrefois tenus par des hommes.

Les transports publics sont également affectés.

La chaîne de supermarchés n’est pas la seule à être touchée par la crise à laquelle sont confrontés tous les acteurs économiques ukrainiens, depuis le début de l’invasion russe. Que ce soit dans les industries d’acier, le commerce, l’agriculture, les transports, etc… Les entreprises ont du mal à trouver des remplaçants pour les postes nécessitant des compétences spécifiques. Plusieurs secteurs en subissent déjà les conséquences. Par exemple, fin mai, la compagnie de transport public de la capitale a dû annoncer que le temps d’attente entre les métros serait prolongé en raison d’une « pénurie » de conducteurs de train électriques et d’électromécaniciens. Une situation similaire est observée à Mykolaïv, une ville du Sud, où le trafic de bus et de tramways a dû être réduit suite à la mobilisation de certains employés.
Comme l’explique au téléphone Hakan Jyde, le directeur général de la division ukrainienne du constructeur de camions suédois Scania, « Le plus grand problème auquel toutes les entreprises ukrainiennes sont confrontées est notre capacité à retenir et conserver nos employés.» Outre les problèmes liés à la mobilisation pour l’effort de guerre, plusieurs millions d’hommes et de femmes – « la force vitale du pays », d’après la directrice du magasin Silpo – ont fui le conflit pour chercher refuge ailleurs dans le monde. Selon une recherche publiée en 2023 par le ministère ukrainien de l’économie, le pays manquerait de 4,5 millions de travailleurs pour reconstruire et maintenir l’économie au cours de la décennie à venir.

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