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« Leos Carax: Quarante Minutes Essentielles »

L’OPINION DU « MONDE » – UN CHEF-D’ŒUVRE
Le titre pourrait ressembler à une révolte enfantine, dont nous connaissons tous la valeur. C’est également un art déconcertant de l’inattendu, particulièrement lorsque le titre concerne un film qui est présenté comme une autobiographie. Tout sur Carax, que ce soit à son propos ou pas, se retrouve dans ce titre qui allie l’obstination infantile, le poing levé dadaïste, et le penchant rimbaldien pour l’incantation et le mystère. Il se trouve, ce qui est assez peu commun, que le distributeur Les Films du rosace nous invite à découvrir un film de quarante-et-une minutes et dix-neuf secondes, pendant lesquelles Carax, qui n’a fait aucun effort pour l’adapter à la durée standard d’une projection, bricole ce truc à la fois hybride et soigné, ouvertement personnel, qui, dans l’ordinaire de Carax, saigne et rit simultanément.

Ici, afin de savoir à quoi s’attendre, nous examinons de près le chemin artistique de l’auteur. Né à Suresnes (Hauts-de-Seine), d’une mère américaine et d’un père suisse, Alex Dupont est son vrai nom, et il a maintenant 63 ans. Il a réalisé six longs-métrages au cours d’une carrière de trente ans, débutée en 1980 par un court-métrage joyeusement nommé Strangulation Blues. De Boy Meets Girl en 1984 à Annette en 2021, en passant par Les Amants du Pont-Neuf, qui a failli faire faillite à l’industrie cinématographique française en 1991, voici un réalisateur qui met en lumière ses personnages – des amants souffrant de l’amour excessif des amants – sous le soleil noir de la mélancolie, cherchant néanmoins dans le cinéma la lumière originelle d’un éternel recommencement.

Denis Lavant et Juliette Binoche forment un duo au service de cette passion, bien que Juliette ait été moins présente que Denis qui a fini par devenir l’écran de projection du réalisateur. En parallèle, l’influence de Jean-Luc Godard (1930-2022), autre romantique, s’est lourdement fait ressentir sur Leos Carax dès le début de sa carrière – il y a eu des mentors pires. Carax peut se vanter sans rougir d’avoir repris le relai d’un cinéma rempli d’angoisses et de merveilles, qui ne s’est jamais soumis à quoi que ce soit ou à qui que ce soit. Son pays s’appelle la nuit. Tout cela à sa propre manière et selon ses moyens, dans un grand mélange remontant à la magie du cinéma muet, à l’éclat révolutionnaire de l’enfance, au lyrisme céleste des corps en mouvement. Vous auriez du mal à trouver plus passionné.

Un talent consommé du contradictoire

Il y a de quoi susciter un certain intérêt, même pour les moins enthousiasmés, pour les quarante minutes et quelques secondes présentées aujourd’hui à l’appréciation du public. Tout commence, comme dans la Bible, par la genèse : une commande du Centre Pompidou pour un court-métrage destiné à une exposition qui n’a jamais eu lieu. La question posée est : « Où en êtes-vous, Leos Carax ? » La réponse de Carax est un grand « merde » vert traversant un écran noir et une voix profonde hors champ – « Si je savais… » – qui semble imiter celle du vieux maître JLG. On ne pourrait concevoir un début plus mal ou plus drôle, bien que le film se poursuive et tente, de la manière la plus sincère possible, de répondre à cette question.

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