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« Le Procès de Bobigny » : Moment-clé Dépénalisation Avortement

PODCAST DISPONIBLE SUR DEMANDE SUR FRANCE CULTURE

Ceux qui sont déjà familiers avec l’histoire du procès de Bobigny ne seront pas moins bouleversés lorsqu’ils se replongeront dans cet épisode aujourd’hui. Le 8 novembre 1972, Michèle Chevalier, la mère de Marie-Claire, comparaît pour complicité après que sa fille ait été jugée pour avortement le mois précédent. Les talents du réalisateur Cédric Aussir méritent d’être salués une fois de plus, notamment pour son habileté à former un excellent casting – Florence Darel interprète l’avocate Gisèle Halimi et Sam Karmann joue un président répugnant.

Il faut noter que le plaisir d’écouter ce procès historique réinterprété grâce à ce podcast est aussi d’un intérêt public. En dépit de l’inscription de l’avortement dans la Constitution le 4 mars et de l’accès à des ressources inexistantes à l’époque (comme internet) par la jeunesse actuelle, un problème majeur persiste : le manque d’éducation sexuelle, un sujet largement décrié à l’époque.

Le premier épisode du podcast, en s’appuyant comfamment sur des archives historiques, met en contexte le procès qui s’est déroulé un an après la publication du « Manifeste des 343 » dans Le Nouvel Observateur le 5 avril 1971. Ce manifeste réclamait la légalisation de l’avortement à une époque où l’article 317 du Code pénal punissait les contrevenants de jusqu’à cinq ans de prison et d’une lourde amende. Le podcast montre également comment Gisèle Halimi a transformé ce cas en une affaire nationale. Au second épisode, nous entendons Marie-Claire Chevalier, jeune lors du procès, raconter son viol, utilisant le terme « brutalités » pour le définir, signe d’un temps où honte et euphémisme régnaient en maître.

Le prochain épisode se concentre sur les témoignages majeurs mentionnés par Gisèle Halimi. Initialement, Michel Rocard, dont le discours émouvant est particulièrement puissant : « Mon éducation chrétienne, marquée par les restrictions et les interdits, a été intense. Je me suis parfois demandé comment j’aurais réagi si j’avais été plongé dans une situation similaire (…). C’est une situation injuste à mes yeux, où une jeune femme est privée du choix essentiel de donner ou non la vie. En tant que membre du Parlement français, je prévois d’intervenir sur ce sujet. »

Il ajoute : « Une autre situation que je trouve intolérable, en tant qu’activiste socialiste, est que ceux qui ont assez d’argent peuvent se faire avorter à l’étranger, tandis que ceux qui sont moins fortunés sont contraints à recourir à des opérations illégales ».

Cette inégalité a été critiquée successivement par les actrices Françoise Fabian, qui incarne ici son propre personnage, et Delphine Seyrig, ainsi que par Simone de Beauvoir, dont le témoignage fort et plein d’humour est remarquable. Il en va de même pour le témoignage du professeur Paul Milliez, qui, bien qu’opposé à l’avortement, a déclaré : « C’est la femme qui doit choisir, pas à nous les hommes d’imposer nos conditions (…). Nous devrions nous concentrer sur l’éducation plutôt que sur la répression. » On ne pourrait pas dire mieux et ce podcast, à la fois bouleversant et stimulant, nous donne l’occasion de l’écouter.

« Le Procès de Bobigny » est un podcast réalisé par Cédric Aussir, basé sur une adaptation de Sophie et Basile Ader (France, 2023, 5 × 120 min). Il est disponible sur demande sur France Culture et sur toutes les plateformes d’écoute habituelles.

« Participer et réemployer ce matériel »

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