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Thomas Périlleux : prix 2024

La sensation omniprésente est celle d’une obscurité croissante dans le monde. En réponse à ce sentiment se trouve un désir généralisé d’existence au sein de la beauté. Ces mots provocateurs de Monchoachi, le poète caribéen, résonnent fortement dans l’univers professionnel. Est-il plausible de profiter de la beauté tout en vivant et travaillant? Peut-on trouver un espace d’humanisation et de créativité dans son métier? Pour qui et de quelle manière?

Depuis près de quinze ans, j’offre mes services en Belgique, entre une clinique du travail à Liège et un bureau privé à Namur. Ces lieux de consultation sont ouverts à ceux qui ont des problèmes professionnels. On y est confronté aux angoisses causées par les changements dans le monde du travail. On observe une multitude de pathologies liées aux réorganisations modernes. Mon ouvrage intitulé « Le Travail à vif » (Erès, 280 pages, 25 euros) retrace cette expérience et examine les diverses approches d’intervention, qui se situent entre l’écoute de l’individu et la transformation du travail.

En tant que cliniciens, nous faisons face à un afflux de demandes émanant souvent de personnes en arrêt maladie. Des situations gravement dégradées nous mettent directement aux prises avec la brutalité des interactions sociales. Les demandes sont souvent formulées à travers des symptômes et des diagnostics, le « burn-out » étant le plus commun.

Les pathologies « du travail » sont généralement mentionnées. Cette expression nécessite une réflexion approfondie. Il peut s’agir de maladies induites par le travail, même s’il est difficile d’établir un lien causal, comme dans le cas du burn-out. Toutefois, l’expression pourrait aussi signifier que le travail lui-même est maltraité et qu’il a besoin d’être soigné.

L’équité, l’inéquité et l’insupportable.

Il est nécessaire de réfléchir sur la notion de maladie. Celle-ci ne représente pas simplement l’opposé de la normalité ; elle met en lumière des aspects de la vie quotidienne qui seraient sinon négligés bien qu’ils soient problématiques. L’un des récits abordés dans mon livre est celui d’une dame, directrice des ressources humaines, qui a dû faire face à de nombreux licenciements collectifs, souvent à la limite de la légalité. Pendant une consultation, pour la première fois, elle s’est posée la question : « Est-ce normal ? ». La spirale dans laquelle elle était entrée lui empêchait de distinguer le juste de l’injuste. L’intolérable était devenu normal, et la maladie manifestait dans son corps une protestation qui n’avait pas encore trouvé le moyen de s’exprimer en paroles.
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