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« Michelle Perrot ressuscite pionnière syndicalisme »

Dans « Mélancolie ouvrière », Michelle Perrot retrace la vie de Lucie Martin-Baud (1870-1913), une ouvrière de la soie originaire du Dauphiné, qui a débuté son apprentissage avec les frères Durand au Péage-de-Vizille en 1883 alors qu’elle n’avait que 12 ans. L’historienne du travail et des femmes, s’est fascinée par cette héroïne depuis 1970, en s’appuyant sur des recherches généalogiques menées par Gérard Mingat, un fervent amateur d’archives et ancien conseiller municipal. L’histoire de Lucie est l’unique témoignage de cette pionnière du syndicalisme français du début du 20ème siècle. Dans sa quête, mêlant autobiographie et historiographie, Perrot recours aux souvenirs de son enfance et ses vacances rurales peuplées de paysans et de policiers pour donner vie à son récit. A son tour, elle décrit que Lucie est non seulement une représentante de la mélancolie du mouvement ouvrier Avant la Première Guerre Mondiale, mais aussi du destin d’une révolution qui n’a jamais eu lieu, oscillant entre euphorie et désillusion. Un témoignage poignant de l’époque où les ouvrières de la soie travaillaient douze heures par jour, où la « navette pouvait blesser le visage, le fil érafler les doigts, le couteau de la machine les couper, et les rouleaux les écraser.» Les mains des travailleuses portent ces stigmates identitaires, le corps au travail est un corps menacé.

En octobre 1891, Lucie, alors attendante d’un enfant, s’unit par les liens du mariage à un veuf, Pierre Baud, qui est âgé de vingt ans de plus qu’elle. Pierre Baud, qui revêt un uniforme et porte fièrement des bacchantes, est alors agent de police rurale. Pour Lucie, qui sera mère de trois enfants, dont l’un décèdera à un très jeune âge, ce mariage représente une ascension sociale. Les dix années qu’elle passe en tant que conjointe silencieuse sont marquées par la répartition de son temps entre le ménage et le métier à tisser.

Résistance face à l’échec de la grève

Cependant, en 1902, suite au décès de Pierre, elle sort de son mutisme, fait entendre sa voix et entame une nouvelle vie en créant un syndicat pour les travailleuses de la soierie pour résister à la baisse des salaires due à la mécanisation de l’industrie du tissage. Elle assiste au 6e congrès de l’industrie textile à Reims et est impliquée dans de nombreuses grèves, y compris celle de Voiron en 1906 où elle croise le chemin de Charles Auda, syndicaliste d’origine italienne, qui devient son mentor et une figure d’inspiration pour elle.

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