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« Le Monde glorieux »: Roman laboratoire de Cavendish

Margaret Cavendish, Duchesse de Newcastle (1623-1673), était connue pour sa vie exubérante et son travail en tant que scientifique et philosophe anglaise, une vie que Samuel Pepys a décrit comme un « roman ». En refermant « Le Monde glorieux » (The Blazing World) de Cavendish, la célèbre écrivaine Virginia Woolf a vu la solitude et l’anarchie tout en la félicitant pour son audace. Cette œuvre complexe, publiée en 1666, a été comparée à un gigantesque concombre qui étouffe toutes les roses et œillets du jardin.

Également connue pour son travail en tant qu’écrivaine, Cavendish envisageait le roman comme un élément de contradiction. Elle a créé une encyclopédie vivante qui discute avec elle-même, une véritable provocation littéraire. Bien que ses premières œuvres aient été influencées par le matérialisme, « Le Monde glorieux » est plus équivoque. Ce roman utopique, écrit comme un appendice à son traité philosophique « Observations Sur la Philosophie Expérimentale », est une combinaison vibrante des théories empiristes populaires et propose également des conditions pour leur dépasser.
Ce livre, traduit par Line Cottegnies avec une postface de Frédérique Aït-Touati, est disponible chez Corti pour 19€ avec 192 pages.

La protagoniste explore les différentes dimensions et théories, transformant la réalité en un jeu d’équilibre. Elle est kidnappée par un commerçant et projetée dans un monde parallèle, de manière similaire à la juxtaposition du roman et du traité. Suite à son mariage avec l’empereur qui règne, elle se retrouve à être impératrice. A son appel, chaque groupe (hommes-ours, poux, araignées, etc.) lui présente les nouveautés de son domaine spécifique (mathématiques, théologie, astronomie, métaphysique …), qui sont également présentées différemment dans le traité. Cependant, l’impératrice a un contre-argument pour chaque déclaration: quand les hommes-vers expliquent que la reproduction des insectes, à cause de causes non conformes avec les effets, est une anomalie, l’impératrice répond qu’il y a certes une similitude entre les vers et le fromage, car ni l’un ni l’autre ne contiennent de sang.
La créativité, une grande sœur fantaisiste de la rationalité
Dans ce roman expérimental, Margaret Cavendish perturbe subtilement tout dogmatisme, saturant le sens avec une pléthore de théories coquines. L’atomisme mécanique est détruit en faveur d’un vitalisme reimaginé: selon elle, les humains, la nature, la raison, tout est fait de matière, qui peut être intellectuelle, sensible ou inanimée. L’abondance poétique, la fantaisie baroque (des créatures hybrides, des inventions à la fois réalistes et surnaturelles) font de la littérature une concurrente sarcastique de la précision scientifique, avec la créativité comme grande sœur fantaisiste de la rationalité.
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