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« Législatives 2024: Vote Catholique Éparpillé, Radicalisé »

Durant une longue période, le rôle principal au sein des forces sociales qui influencent la droite a été joué par les catholiques. Cette affirmation a été illustrée par les sociologues Guy Michelat et Michel Simon dans leur livre formidable, Classe, religion et comportement politique (Presses de Sciences Po, 1977). Ils ont avancé que tous les catholiques ne basent pas nécessairement leurs votes sur leur foi, cependant, ceux qui sont pratiquants réguliers (ce qui signifie assister à la messe au minimum une fois par mois) tendent à le faire, et environ 70% d’entre eux soutiennent l’« aile dirigeante de droite », qui est souvent associée aux descendants du gaullisme et du christianisme démocratique.

Les pratiquants réguliers ont généralement résisté au vote pour le Front National [FN, maintenant appelé Rassemblement national], contrairement aux catholiques non pratiquants qui ont historiquement préféré ce parti plus que le reste de la population française. Pendant longtemps, voter pour le FN a été un signe de relâchement religieux, à l’exception des petites chapelles traditionalistes.

De plus, les pratiquants réguliers ont été des partisans fervents de la construction européenne. Lors des référendums sur le traité de Maastricht (1992) ou sur le traité établissant une Constitution pour l’Europe (2005), ils ont majoritairement voté en faveur (IFOP). Au cours des élections européennes de 2019, Nathalie Loiseau, candidate de LRM qui était explicitement pro-européenne et catholique, a obtenu 43% du vote parmi les pratiquants réguliers (IFOP-La Croix).

Il est devenu évident que les catholiques ont historiquement influencé la stabilité, la modération et l’adoption des idées européennes parmi les partis de droite. Néanmoins, leur influence semble diminuer. Les résultats électoraux ont montré une croissance du soutien au RN depuis les élections régionales de 2015, qui se sont déroulées dans le contexte d’une série d’attaques terroristes islamistes. À l’élection présidentielle de 2022, parmi les pratiquants réguliers, 21% ont voté pour Marine Le Pen, la plaçant en deuxième position après Emmanuel Macron avec 25% du vote (selon IFOP-La Croix). La peur de l’islamisme, du recul culturel et une tendance au « dégagisme », alimentée par les désillusions politiques issues du mouvement La Manif pour tous, ont conduit à un désengagement vis-à-vis de la droite modérée. En ajoutant les votes pour Le Pen, Zemmour, Dupont-Aignan et Lassalle, nous obtenons 42 % des pratiquants réguliers qui expriment un vote que l’on peut interpréter comme une contestation de la droite ou de l’extrême droite.

En 2017, François Fillon avait encore reçu 55 % des votes parmi ce groupe (IFOP-Pélerin). Cela démontre qu’entre ces deux moments, le vote catholique s’est dispersé et radicalisé pour la première fois, illustrant la gravité des conflits de valeurs et des stratégies qui divisent les catholiques.
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