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« Secrets du ‘dépôt’, prison parisienne oubliée »

Dans un vieux registre, une ligne minuscule révèle une histoire. Une date est estampillée au tampon encre violet en haut de la page : « 18 juin 1942 ». La plume a tracé le reste. Les mots « service juif allemand » sont difficilement lisibles au bas de la page, suivis des noms « Jalby-Jürgens ». Ensuite, le nom « Dora Bruder » et une adresse « 41, bd Ornano » sont mentionnés. Enfin, sous la rubrique « Décisions », on peut lire : « Tourelles ».

Dans son œuvre émouvante, « Dora Bruder » (Gallimard, 1997), Patrick Modiano traque le parcours de cette jeune fille à travers le Paris occupé. Il se questionne sur les événements de cet important mois de juin 1942 dans la vie de la protagoniste. Selon les archives, le 15 juin, Dora a été remise à sa mère par la police du quartier Clignancourt, sur le boulevard Ornano, suite à un nouvel épisode de fugue. Le 19 juin, elle est internée au centre des Tourelles, boulevard Mortier, amorçant ainsi son tragique chemin vers l’au-delà. Et qu’en est-il des événements entre ces deux dates ? Modiano suggère que Dora pourrait avoir été transportée du commissariat de Clignancourt au dépôt de la Préfecture de police. Elle aurait ainsi fait l’expérience des cellules malodorantes et infestées de punaises, ou encore des religieuses sans pitié vêtues de noir avec des voiles bleus, comme décrit par l’auteur.

Les récentes découvertes de Johanna Lehr, une chercheuse, ont confirmé les soupçons de Patrick Modiano. Celui-ci avait prédit correctement Dora Bruder, une jeune fille de 16 ans, avait bel et bien été arrêtée à Paris par Alfred Jürgens et Henri Jalby, deux inspecteurs français connus pour leur zèle dans la traque des Juifs. Les documents qu’elle a trouvé dans les archives de la Préfecture de police indiquent que Dora a été envoyée au « dépôt », une sorte de prison temporaire située dans le Palais de justice sur l’île de la Cité.

Jürgens et Jalby étaient redoutés car ils parlaient allemand, travaillaient avec la Gestapo et avec Theodor Dannecker, l’un des membres les plus influents de la SS à Paris à l’époque. Une fois Dora arrivée au dépôt, d’autres inspecteurs ont pris en charge le cas de la jeune fugitive. C’est à ce moment-là que le sort de Dora a été scellé. Ils l’ont interrogée le 18 juin 1942 à 18h40 et ont rapidement décidé de ne pas la libérer.

Elle avait enfreint l’ordonnance allemande qui instaurait un couvre-feu pour les Juifs, de 20h à 6h. Le lendemain matin, à 11h, elle a été envoyée au camp des Tourelles, situé à la porte des Lilas. Plus tard, elle a été transférée au camp de Drancy en banlieue parisienne, avant d’être déportée à Auschwitz où elle a été tuée, comme des millions d’autres personnes.

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