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L’histoire du duel est racontée par le Musée de l’armée

Une exposition dédiée à la pratique du duel, codifié et stipulé contrairement à une bagarre imprévue et accidentelle, est présentée au Musée de l’armée. Cette coutume, observée à travers les âges, est illustrée par 213 objets (armes, peintures, archives écrites et audiovisuelles, costumes…), dont la moitié provient des collections du musée lui-même.

Le duel a joué de nombreux rôles dans la société, tels que la défense de sa ville, la restauration de son honneur, la demande de justice, l’augmentation de sa force physique et la préparation pour joindre l’armée. L’exposition intitulée « Duels, l’art du combat » examine ces diverses fonctions. Bien qu’il soit interdit en France aujourd’hui, il a été largement pratiqué au fil des temps. Sous le règne de François Ier, les édits visant à limiter cette pratique se sont multipliés, car le duel pouvait entraîner la mort de l’un des adversaires. En 1679, Louis XIV a promulgué « l’Edit du roy, portant règlement général sur les duels », un document qui peut être consulté dans une archive de la Préfecture de police. Cependant, en dépit de cette interdiction, des duels ont continué à se dérouler en secret, comme le montre une peinture de 1870 d’Henri Anatole de Beaulieu, illustrant des duellistes combattant à l’épée, à l’aube, dans un lieu désert sur la côte bretonne.

A partir de la fin du 19ème siècle, la lutte était dirigée non seulement pour défendre l’honneur, mais aussi pour protéger la réputation, les convictions et les engagements politiques d’un individu. Les dossiers de la police contiennent de nombreux rapports sur les confrontations entre différentes personnalités. Par exemple, le 19 mai 1938, deux dramaturges Edouard Bourdet et Henry Bernstein se sont affrontés dans un duel. Un procès-verbal a documenté l’événement, décrivant les conditions du duel : il s’est déroulé à l’épée, en chemise souple et sur une surface de 40 mètres. Le motif du duel provenait d’une lettre insultante écrite par Edouard Bourdet et publiée dans la presse le 18 mai 1878, ce qui a profondément offensé Henry Bernstein.

Des archives audiovisuelles détaillent également des duels à l’épée qui ont eu lieu plus récemment, pendant la seconde moitié du 20ème siècle. En 1958, deux députés se sont retirés dans une résidence privée à Neuilly-sur-Seine pour un duel. La même année, le danseur Serge Lifar et le marquis de Cuevas se sont affrontés dans un moulin des Yvelines sous l’œil du député Jean-Marie Le Pen, qui portait un bandeau sur les yeux, et en présence de la presse amusée. Le marquis a été blessé à l’avant-bras et le sang qui a coulé a marqué la fin de la lutte.

L’exposition révèle que le combat individuel n’est pas limité à une région précise. Une pièce d’artéfact de combat, un bracelet en provenance du Mali, est présenté dans une vitrine de l’exposition, prêté par le Musée du quai Branly. Ce sont les bilakoros, les jeunes hommes, qui utilisent ces outils en fer lors de leurs affrontements. L’objectif : attraper l’adversaire et à le meurtrir à dos. Cet exutoire de l’aggression est un rituel fondateur dans le passage à la maturité. Une cicatrice représente non pas un signe de honte, mais une marque de respect social. Cette tradition se rapporte à celle de la Mensur, un conflit d’épée courant dans l’Allemagne du 19ème siècle. Avec leurs armes émoussées et leurs visages exposés, les combattants se battent. Des croquis de l’illustrateur allemand Christian Wilhelm Allers, datant de 1902, représentent les visages cicatrisés de ces hommes, ces blessures étant considérées comme un signe de prestige.
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