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« Aurélie Charon illumine le spectacle vivant »

Depuis cinq ans, chaque week-end à partir de 19h, Aurélie Charon invite les téléspectateurs de France Culture à s’immerger dans le monde artistique. Que ce soit en recevant des invités en studio ou en nous faisant découvrir les coulisses des théâtres, elle crée une expérience immersive unique au travers de ses podcasts. Elle estime que chaque session d’écoute change les auditeurs, tout comme certaines représentations scéniques peuvent nous transformer.

Le podcast diffusé le 23 mars en est un parfait exemple, réalisé au Théâtre du Soleil et comptait parmi ses invités Ariane Mnouchkine, la fondatrice du théâtre; Oksana Leuta, une actrice devenue point de contact pour les journalistes depuis l’incursion de la Russie en Ukraine en février 2022; et Gal Hurvitz, directrice de scène et créatrice de l’Etty Hillesum Youth Theater à Jaffa, Israël. Oksana Leuta a participé à une formation avec une partie de la compagnie d’Ariane Mnouchkine à Kiev, Ukraine, en mars 2023 tandis que Gal Hurvitz a passé une année au Théâtre du Soleil en 2006.

En réponse à la question initiale de l’interview « Comment ça va ? », Ariane Mnouchkine a déclaré: « Je suis dans une meilleure condition que le monde, c’est une certitude. » Par la suite, chacun a exprimé, à leur tour, ce que signifie être impliqué dans le théâtre dans un contexte de guerre. Voix à vif (témoignée par Oksana Leuta qui a survécu à des bains de sang et qui a perdu un de ses collègues journalistes, Frédéric Leclerc-Imhoff) a déclaré qu’elle n’a pas pu lire de la littérature depuis deux ans. Elle a également commenté que « l’imagination est un muscle qui doit être affaibli pendant la guerre pour éviter de réfléchir sur les conséquences catastrophiques possibles pour soi et ses proches.»

Gal Hurvitz a parlé de la troupe de théâtre qu’elle a fondée où des jeunes défavorisés, qu’ils soient Israéliens, Arabes israéliens, Palestiniens, Ethiopiens, et autres, peuvent jouer des œuvres de Tchekhov ou de Shakespeare, sans se soucier de leur origine. Le 8 octobre 2023, au lendemain de l’attentat du Hamas en Israël, elle a déclaré: « Ils ont réussi à se rassembler, à dialoguer et à exprimer librement leurs émotions », avant de continuer: « Je dois m’efforcer de me lever chaque jour en conservant un regard doux et nuancé. Le manque de nuance dans le monde m’angoisse profondément ».

Elle se sent déconcertée d’être constamment renvoyée à ses racines israéliennes depuis qu’elle habite en France depuis quelques mois. Elle s’exprime avec exaspération : « Je suis fréquemment désignée comme « vous, les Israéliens », mais je ne suis pas que ça. Je suis née en Israël, le pays dont mes grands-parents ont fui la Pologne, et j’ai de l’amour pour ce pays. Cependant, ce n’est pas sa politique qui m’attire. Ainsi, cela ne suggère pas une absence de sympathie pour les enfants de Gaza : on a la capacité de compatir avec les deux camp. »

Elle parle de sa confusion avec une transparence qui manque carrément dans l’ère actuelle des médias sociaux où tout le monde partage ses pensées irréfléchies : « Je voudrais mieux saisir la situation et exprimer mon point de vue, mais je suis indécise sur la situation d’Israël. » Ariane Mnouchkine, dotée de la sagesse époustouflante d’une lionne, ajoute alors :« Les acteurs ne sont pas nécessairement tenus de répondre à l’appel de certains qui souhaiteraient les mettre en scène dans un combat comme celui des coqs ou des chiens. Il est parfois préférable d’imiter Oksana, de garder le silence quand on ne connaît pas la réponse. Il est permis de se taire, de se mettre en sourdine de temps à autre et de tenter de comprendre. »

Cependant, en tant qu’artiste, elle se pose cette question : « Comment donner forme à ce qui se passe le matin si je n’ai pas eu l’après-midi et la nuit pour lui donner une structure ? L’art, c’est la forme. Cela sert à civiliser, et être civilisé, c’est comprendre que l’autre existe. »

Aurélie Charon utilise ses « Radio live » pour créer et animer des discussions sur scène entre différentes personnes de diverses régions et générations. Elle fait cela à travers un spectacle qui s’appuie sur des images et des sons créés en direct par Amélie Bonnin. Le prochain événement de cette série réunira Oksana Leuta, Gal Hurvitz, la réalisatrice syrienne Hala Rajab et l’historienne d’art et réalisatrice bosnienne Ines Tanovic. Celui-ci aura lieu à Chaillot (Paris), du 24 au 27 avril, avant d’aller à Lille, Rennes, Lyon, etc.

Pour ceux qui ne peuvent pas y assister et quand le monde semble trop bruyant, le programme est disponible en podcast. Il sert de refuge de lumière et d’humanité. Comme le dit Ariane Mnouchkine, « Si ta chandelle ne brûle pas, ne viens pas éteindre la mienne. »

L’émission « Tous en scène » est une création d’Aurélie Charon et est réalisée par Delphine Lemer (Fr., 2024, 59 min). On peut la retrouver en replay sur France Culture et sur les autres plateformes couramment utilisées pour l’écoute de contenu.

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