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Kirghizistan : condamnation journalistes, régime autoritaire

Jeudi 10 octobre, le jugement d’un tribunal a frappé quatre journalistes et collaborateurs de Temirov Live, un des derniers organes de presse autonome du Kirghizistan, en les accusant d’encouragement à l’agitation populaire. Cette décision judiciaire symbolise la dégradation des droits civiques dans ce pays, jadis reconnu comme un bastion démocratique en Asie centrale.

Onze individus, proches de la rédaction ou non, dont les reportages vidéo ont révélé la corruption des hautes sphères du gouvernement, étaient jugés devant le tribunal, neuf mois après leur détention impromptue par les forces de l’ordre. Le 2 octobre, l’organisation non-gouvernementale Amnesty International plaidait pour l’arrêt des poursuites, jugeant que « ces allégations n’étaient aucune autre chose qu’une tentative politiquement orientée d’inhiber la libre parole et de châtier les journalistes pour leur profession ».

Pour les analystes, cette vague d’arrestations était un aspect d’une campagne d’intimidation organisée contre le fondateur du média, Bolot Temirov. Ennemi du régime, le journaliste est maintenant réfugié dans un endroit confidentiel en Europe, après avoir été déchu de sa nationalité et expulsé de son pays.

Son conjointe, la journaliste et activiste Makhabat Tazhibek Kyzy, a été condamnée, jeudi, à une peine de six ans de réclusion, en partie pour avoir dévoilé la corruption des dirigeants « au pouvoir depuis trente ans » dans une vidéo. Le tribunal a ordonné que leur fils de onze ans soit placé en orphelinat pendant l’exécution de sa peine. La condition a la lutte vers l’autoritarisme ».

Le verdict de cinq années d’emprisonnement pour le rappeur et poète Azamat Ishenbekov, qui diffusait les divulgations de Temirov Live à travers sa musique, a été prononcé. Aktilek Kaparov et Aike Beishekeyeva, deux autres journalistes, ont été relâchés en raison d’une condamnation avec sursis. Par contre, sept autres personnes accusées, qui étaient en détention à domicile depuis plusieurs mois, ont été acquittées.

Jeanne Cavelier, responsable de l’Europe de l’Est et de l’Asie centrale pour Reporters sans frontières (RSF), y voit un moment crucial pour la presse indépendante au Kirghizistan. Elle décrit la situation comme une dérive incontestable vers l’autoritarisme du gouvernement kirghiz. Drew Sullivan, directeur éditorial du projet Organized Crime and Corruption Reporting, dont Temirov Live est associé, affirme que ce verdict était prévisible au vu de l’évolution du Kirghizistan ces dernières années. Il est profondément déçu car cela prouve la criminalisation du journalisme et prive le public kirghiz d’informations fiables.

Jadis, le Kirghizistan bénéficiait d’une scène médiatique et d’une société civile dynamiques. Cependant, sous l’égide de son président, Sadyr Japarov, un rétrécissement s’est produit ces dernières années, avec une rhétorique populiste combinée à des techniques de contrôle semblables à celles de la Russie de Vladimir Poutine. En février, la fermeture d’un autre média indépendant, Kloop, avait déjà été ordonnée par la justice. De plus, l’année précédente, le pays a reculé de cinquante places dans le classement mondial de la liberté de la presse de RSF. Il est également prévu de renforcer la loi sur la diffamation, visant à sanctionner sérieusement ceux qui propagent de « fausses informations » ou des « insultes ».

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