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« Surexploitation touristique » : Lorsque les déplacements entrainent des dégâts

Selon Gustave Flaubert, qui a commencé à rédiger le ‘Dictionnaire des idées reçues’ dans les années 1850, le terme ‘tourisme’ n’était pas encore en usage. Bien que l’auteur ait voyagé à travers l’Orient pendant trois ans avec Maxime Du Camp, le mot « voyageur » était le seul à être inclus dans le dictionnaire, défini alors comme « toujours intrépide ».

François Carrel, journaliste et alpiniste, a fait valoir dans son essai ‘Himalaya Business’ que la dernière tendance mondiale, réservée aux plus fortunés, consiste à permettre le tourisme aux quatorze sommets de 8 000 mètres de l’Himalaya. Lorsqu’on demande « Pourquoi escalader l’Everest? », la réponse de l’alpiniste George Mallory en 1886 était « parce qu’il est là ». Cependant, la réponse des actuels grimpeurs est davantage centrée sur eux-mêmes, « parce que je suis là », observe Carrel.

Ce changement d’attitude symbolise l’adoption du « surtourisme », un concept qui n’est apparu qu’en 2008. Dix ans plus tard, l’expression a été légalement enregistrée par Skift, la première plateforme américaine consacrée à l’industrie du voyage. Plus important encore, la notion de surtourisme « alimente le procès historique du tourisme de masse », prévient le géographe Rémy Knafou, en augmentant encore plus les discussions « sur la mort du tourisme » traditionnel.

La critique du tourisme excessif n’est pas nouvelle et est aussi vieille que le tourisme lui-même. Selon Jean-François Rial, le directeur général de Voyageurs du monde, une agence de voyages personnalisés, « l’hyper-tourisme conduit à la dégradation du tourisme ». Cela représente aussi un refus du tourisme, car il empêche l’apprentissage d’autres cultures et cause également des problèmes environnementaux significatifs, notamment l’érosion du sol et les problèmes d’approvisionnement en eau.

Dans le monde entier, des sites uniques tels que la Tour Eiffel ou le Taj Mahal, et certains espaces naturels, ont du mal à être protégés contre la surpopulation. Instagram a intensifié la popularité de ces sites : par exemple, la rue Crémieux dans le 12ème arrondissement de Paris, devenue un lieu emblématique du Paris traditionnel, et, avant cela, la place de l’Estrapade (5e) qui a gagné en popularité grâce à la série de 2020 Emily in Paris, ou même l’église Saint-Sulpice (6e), qui était précédemment importante dans les circuits du Da Vinci Code. La croissance des compagnies aériennes à bas prix a aussi annulé les frontières, rendant accessibles des pays plus isolés, provoquant ainsi des rejets de la part des communautés locales et un désir de restreindre l’accès à certains emplacements par le biais de péages, comme c’est le cas en Suisse au lac de Brienz, ou l’instauration de quotas, comme dans les calanques près de Marseille.

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