×
google news

« Apogée de la Route de Soie »

La période de 300 à 850 dans l’Asie centrale est explorée par Etienne de La Vaissière dans son livre, « Asie centrale. 300-850. Des routes et des royaumes ». Les cartographies faites par Fabien Tessier assistent le texte, publié par Les Belles Lettres. Le livre est disponible en version physique pour 33 € et en version numérique pour 23 €.

Il commence par le récit d’un marchand sogdien du nom de Nanai-vandak datant de l’année 313 de notre calendrier. Celui-ci enregistre son message déchirant sur un morceau de papier enveloppé de soie. Il raconte à ses compatriotes restés chez eux la famine et la mort qui ont frappé aux limites de la Chine et du Tibet, suite à l’invasion d’une armée hostile. En dépit de cela, il fait savoir qu’il envoie une cargaison de musc, un parfum tibétain précieux.

L’auteur, La Vaissière, avertit à l’avance ses lecteurs que cela va les immerger dans un monde inhabituel peuplé de noms de lieux et de peuples inconnus. L’histoire est tracée durant cette période de plus de 500 ans sur un territoire qui s’étend de la mer Caspienne au désert de Gobi, de l’Himalaya à la Sibérie.

En se basant sur une lettre, l’historien et directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales peint un portrait du commerce de grande envergure, tout en évoquant l’immensité des montagnes, des déserts et des steppes. Au fil de sa lecture, on parvient à identifier divers éléments tels que les Huns, auteurs de la dévastation reflétée par Nanai-vandak, ou encore la ville sogdienne de Samarcande, lieu de naissance de l’écrivain (se situant aujourd’hui en Ouzbékistan). On suit également l’itinéraire emprunté par le caravanier, longeant ce que nous connaissons aujourd’hui sous le nom de la Route de la soie, avant de se poser dans un avant-poste chinois, situé à 2 600 kilomètres de sa ville natale. Malgré l’aspect familier de ces endroits, l’étonnement résiste face à la capacité de l’auteur à faire revivre des mondes d’une diversité insoupçonnée.

L’ouvrage séduit d’abord par la diversité insolite des documents qu’il reproduit, incluant une multitude d’images, objets et écrits, tous contribuant à sa démonstration à la fois rigoureuse et touchante. Dans une tombe située dans la ville-oasis de Turfan, (située dans la région actuelle du Xinjiang en Chine), une paire de chaussures doublée de papiers d’archives a été préservée pendant plus d’un millénaire grâce à la sécheresse environnante. Les mots gravés sur cet artéfact mettent en lumière l’influence croissante de la colonisation chinoise dans ce lieu, ainsi que la résilience de certaines minorités.

La réalité évoquée est celle de conditions de vie incroyablement difficiles.

Il s’agit d’une œuvre unifiée qui tisse la riche histoire de territoires distants les uns par rapport aux autres tout au long du livre. Le mode de vie d’une cruelle ampleur dans l’Asie centrale agit comme le principal facteur d’unification. Le moindre manque d’eau peut entraîner des conséquences catastrophiques, forçant l’abandon de villes et de régions à grande échelle en période de sécheresse. Il tout aussi difficile de maintenir la communication: la simple rareté peut mener à la perte d’une caravane entière de voyageurs et de biens lors de la traversée de certains cols hauts de près de 5 000 mètres. Vous avez encore 39.29% de cet article à lire, le reste est réserver pour les abonnés.

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*