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Utilité des Mirage 2000-5 pour l’Ukraine

La France a progressivement renforcé son soutien à l’Ukraine face au conflit avec la Russie. Après l’envoi de canons Caesar au début de la confrontation, puis de véhicules blindés AMX-10 en janvier 2023, et de missiles Scalp quelques mois plus tard, le pays a décidé de franchir une nouvelle étape : la livraison d’un nombre indéterminé de Mirage 2000-5. Ces avions ont pour but de renforcer les défenses aériennes ukrainiennes, notamment dans la région de Kharkiv, fréquemment visée par les attaques aériennes russes.

Le président Emmanuel Macron a annoncé cette nouvelle initiative le jeudi 6 juin, en précisant que ces avions aideraient l’Ukraine à défendre son territoire et son espace aérien. Il a également promis qu’un programme simultané de formation des pilotes serait lancé en France. Macron est confiant que ce programme d’entraînement devrait pouvoir être achevé avant la fin de l’année. On ne sait toujours pas combien de Mirage 2000-5 seront livrés ni d’où ils proviendront. Macron a toutefois confirmé la formation d’une « coalition internationale », similaire à celle qui a été mise en place pour les avions de combat F-16 fabriqués aux Etats-Unis. De plus, le président a refusé de donner plus d’informations, affirmant que cela réduirait la visibilité de l’adversaire et rendrait l’action plus efficace.

Le Mirage 2000-5 est un avion destiné à des missions de défense aérienne, connu pour ses caractéristiques spécifiques. Cependant, ces détails n’ont pas été abordés dans le texte initial.

Le Mirage 2000-5, qui est une amélioration de son modèle précédent, le 2000C, est le plus ancien avion encore en fonction dans la force aérienne française. Malgré son âge, environ un quart de siècle, il n’est pas aussi efficace que le Rafale, qui est prévu de le succéder d’ici 2030, mais il reste loin d’être démodé. Il joue toujours un rôle fondamental dans la protection de l’espace aérien français et dans les missions à l’étranger, souvent menées sous l’autorité de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN).

Comme l’a indiqué Emmanuel Macron, son rôle principal est de  »purificateur du ciel », une tâche qu’il a effectuée par exemple en Syrie, en soutenant les Rafale engagés en 2018 dans l’opération Hamilton, qui visait à punir l’utilisation d’armes chimiques par les forces loyales au président syrien, Bachar Al-Assad. Le Mirage 2000-5 peut aussi être utilisé pour des missions d’attaque au sol, une option déjà éprouvée et utilisé par d’autres pays qui possèdent cette sorte d’équipement, bien que la force aérienne française ne l’emploie pas pour ce type de mission.

Dans le domaine de la défense aérienne, sa meilleure qualité est son Radar Doppler Multicible, connu sous l’acronyme RDY, qui permet d’identifier 24 objectifs, de suivre la nuit et de lancer simultanément quatre missiles d’interception, de combat et d’autodéfense (MICA) avec une portée de 80 km vers différentes cibles. Le missile peut être guidé en mode « Fox 3 », un code de l’OTAN qui signifie que le missile est d’abord piloté par le radar de l’avion, puis « s’éveille » avec la direction électromagnétique ou infrarouge lorsque près de la cible pour se guider lui-même. C’est à ce moment-là que le pilote de l’avion ciblé est informé qu’il a été « accroché », ce qui lui donne peu de temps pour réagir.

Combien d’unités sont-elles disponibles ?
L’armée de l’air française compte 26 unités, qui peinent à répondre à leurs exigences opérationnelles et aux missions internationales auxquelles elles sont associées. La plupart sont affectées à l’escadron 1/2 Cigognes, basé à Luxeuil, en Haute-Saône, où l’un d’eux s’est écrasé en novembre 2022. Quatre autres sont à Djibouti, conformément à un accord de défense, et quelques-uns sont régulièrement affectés à la mission Enhanced Air Policing de l’OTAN, qui vise à dissuader la Russie de pénétrer dans l’espace aérien euro-atlantique. Quatre avions ont été déployés en Lituanie en novembre et deux autres ont été envoyés en Suède en février.

Ayant pour objectif le fait de préserver un escadron qui comprend une vingtaine d’unités, puiser dans le stock de Luxeuil signifierait son anéantissement, alors que les autres escadrons semblent également cruciaux. Conçue par Emmanuel Macron, la coalition aurait pour projet de rechercher ces unités à l’étranger. Taïwan a reçu une livraison de soixante de ces appareils, qui paraissent essentiels en raison des tensions continues avec la Chine. Les douze qui équipent les forces qataries semblent moins importants, étant donné que le Qatar cherche sans succès à les vendre à l’Indonésie depuis quelques années. Les Émirats arabes unis et la Grèce possèdent également ces engins, la Grèce cherchant aussi à s’en séparer, une information confirmée par le ministre de la Défense, Nikos Dendias, dans une interview accordée à la fin de mars.

Selon les informations fournies par Dassault, 111 Mirage 2000-5 ont été fabriqués, ce qui est une quantité minime par rapport à 2 300 exemplaires du F-16 américain, qui sont déployés dans 25 pays différentes. Jean-Claude Allard, chercheur spécialisé en aéronautique militaire à l’Institut des relations internationales et stratégiques, rappelle pourquoi ce dernier a été la première option des autorités ukrainiennes et leurs alliés.

Suite à l’approbation de Washington, les Pays-Bas et le Danemark se sont engagés à fournir 61 F-16 en août. Par la suite, la Norvège et la Belgique ont également promis d’en livrer, le premier cette année avec d’autres prévus d’ici 2028. Allard explique que leur préférence tient non seulement à leur disponibilité, mais aussi aux questions d’intégration.

L’expert analyse également la difficulté de gérer des modèles diversifiés, qui entraînent une multiplication des chaînes logistiques et demandent du personnel qui pourrait être employé ailleurs. Dans le cas specific du Mirage 2000-5, dont le parc est très petit, il souligne que les calibrations de cette petite taille sont très difficiles à gérer, à entretenir et monopolisent des effectifs. On se demande donc si les Mirage répondent aux besoins de l’Ukraine.

Selon Justin Bronk, expert en systèmes de défense et chercheur au Royal United Services Institute de Londres, la garantie de l’efficacité des chasseurs, quel que soit leur nombre, n’est pas assurée. Il soutient que la formation des pilotes et du personnel de maintenance (entre 160 et 280 personnes par escadron), ainsi que l’implantation de chaînes logistiques, pourraient potentiellement entraver le déploiement des F-16. C’est une raison qui a poussé la Suède à abandonner la fourniture de chasseurs Gripen, qui sont pourtant plus adaptés aux besoins de l’armée ukrainienne que les Mirage, selon le chercheur britannique. Il qualifie de « plutôt étrange » la décision française, en raison non seulement du calendrier, mais aussi des questions d’armement.

Bronk estime que le besoin le plus pressant de l’aviation ukrainienne est d’avoir la capacité d' »engager » les avions de combat russes qui opèrent entre 50, 60 ou 70 km derrière la ligne de front, à des altitudes et des vitesses très élevées. Seuls les missiles de longue portée peuvent être véritablement efficaces. Toutefois, la portée des missiles MICA est sensiblement inférieure à celle de l’AIM-120 AMRAAM américain, probablement équipé sur les F-16, et qui elle-même n’est pas suffisante.

Bronk explique que pour se rapprocher de la ligne de front et mettre les avions russes à portée, il est nécessaire de voler très bas. Cela signifie que le missile commence son trajet dans une atmosphère très dense et doit lutter contre la gravité. Il ajoute que la « zone sans échappatoire », c’est-à-dire la distance assurant l’efficacité du tir, se situe généralement entre un tiers et un quart de la portée maximale.

« Justin Bronk n’est pas certain que le Mirage 2000-5 soit apte à accomplir d’autres missions, comme abattre les drones russes, compte tenu des limites financières, logistiques et humaines qui sont actuellement en place. Cependant, l’annonce d’Emmanuel Macron d’entraîner 4 500 militaires ukrainiens en France, équivalente à une brigade, lui parait plus crédible. Bronk précise que les formations offertes jusqu’à présent par les alliés de Kiev ont été réduites en durée et en nombre, ce qui a participé à freiner le contre-attaque estivale passée. »

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