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Sommes-nous encore capables de jeter : « Le dilemme » ?

Après un repas partagé en famille près d’un lac, le père jette sa bouteille de bière vide dans l’eau. La famille se prépare ensuite à partir et laisse tous ses déchets sur place, sans même se retourner. Ce passage de la série américaine Mad Men (2007-2015), dépeignant les années 1960, décrit parfaitement l’attitude désinvolte de la « trente glorieuses » envers les déchets. Jadis, le fait de jeter était un geste simple. Il symbolisait un mode de vie « jetable », éternellement renouvelable, mais il s’est peu à peu chargé d’un poids moral qui nous hante chaque fois que l’on ouvre une poubelle (mais laquelle exactement ?).

Depuis les années 1990, la population a été encouragée à participer à la gestion des déchets. « Longtemps négligés, les déchets se sont peu à peu associés à une menace, un danger dissimulé où l’individu est appelé à prendre position », nous informe Baptiste Monsaingeon, l’auteur de Homo detritus (Seuil, 2017). Nos déchets nous effraient. Ils sont devenus une source de culpabilité, de stress et d’incertitude. Est-ce que les emballages de compote doivent être jetés dans la poubelle jaune? Les flacons de parfum peuvent-ils être placés dans les conteneurs à verre? Qu’est-ce que la Trimobile? Quelle est la différence avec Trilib’?

Dans le guide de 50 pages de la Ville de Paris concernant le tri des déchets, on trouve des directives presque poétiques, bien que les réglementations peuvent varier d’une commune à l’autre. Selon Baptiste Monsaingeon, c’est là que l’écocitoyen peut se trouver déconcerté, car les pays qui trient le mieux leurs déchets sont également ceux qui en produisent le plus. En fait, la Banque mondiale rapporte que la production annuelle de déchets solides a déjà atteint les 2 milliards de tonnes à l’échelle mondiale et devrait s’élever à 3,4 milliards d’ici 2050.

L’urgence de réduire nos déchets a fait évoluer les consignes de « bien jeter » à « ne plus jeter », ce qui a poussé à l’émergence du concept de zéro déchet et de l’économie circulaire. La plateforme Vinted, avec ses 23 millions de membres français, est un exemple d’initiative allant dans ce sens, proposant une alternative à la fast fashion, l’une des industries les plus polluantes du monde.

Cependant, la pratique de la revente, avec sa promesse de désencombrement, de circularité vertueuse et de gains financiers, rend encore plus complexe notre rapport aux objets dont on souhaite se débarrasser. Désormais, nous tendons à vendre ce que nous donnions avant, et à donner ce que nous jetions.

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