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« Modifier l’approche en Nouvelle-Calédonie »

La Nouvelle-Calédonie est bien plus qu’un simple « dossier ». Elle est marquée par une histoire coloniale complexe et douloureuse, sa communauté d’hommes et de femmes se trouvant à environ 17 000 km de Paris. Les notions du temps et les coutumes régissant les interactions humaines et politiques diffèrent considérablement de celles en vigueur en métropole. De plus, les tensions quasi-civiles entre 1984 et 1988 ont laissé des cicatrices sur ce territoire. Malheureusement, Emmanuel Macron semble avoir négligé cette réalité, une erreur qui le conduit désormais à devoir éteindre des flammes qu’il a lui-même contribué à enflammer.
Emmanuel Macron, le président actuel, s’est rendu sur l’île pour quelques heures le 23 mai. À ce moment-là, l’île était en proie à dix jours d’émeutes ayant entraîné la mort de sept personnes et de nombreux pillages. Pour avoir une chance de résoudre la crise, le président va devoir revenir sur plusieurs de ses décisions très importantes.
N’est-ce pas lui qui, suite au vote du 14 mai sur le projet controversé de révision constitutionnelle proposant de déverrouiller le corps électoral, a lancé un ultimatum menaçant de convoquer le Congrès pour l’adoption finale du texte si les loyalistes et les indépendantistes ne parvenaient pas à un accord général avant fin juin ? N’est-ce pas lui qui a décidé de maintenir le troisième référendum sur l’indépendance du territoire le 12 décembre 2021, malgré le boycott des indépendantistes ? N’est-ce pas encore lui qui, en juillet 2022, a nommé Sonya Backès, présidente de la province Sud de Nouvelle-Calédonie, au poste de secrétaire d’État chargée de la citoyenneté, augmentant ainsi les interrogations sur l’impartialité de l’État ?
Pour échapper à cette impasse sanglante…

Le président n’avait d’autre choix que de prendre les choses en main, même si cela conduit à une situation paradoxale où il devient le dernier rempart contre les retombées de ses propres erreurs. Pour sortir de cette impasse violente, M. Macron, qui n’est pas spécialement enclin à l’autocritique, devait absolument initier un processus permettant de repousser l’adoption du texte constitutionnel sur le dégel de l’électorat, comme de nombreux élus le lui ont demandé, y compris ceux de la majorité.

Sa promesse, faite à Nouméa jeudi dernier, de ne pas imposer cette réforme de manière autoritaire est louable. De la même façon, son intention de soumettre à un vote un éventuel « accord global » est prometteuse. Cela supposerait néanmoins un accord sur la question de l’électorat, qui semble inatteignable sans l’abandon du projet de révision constitutionnelle actuel. Il reste également à déterminer si ces annonces permettront de rétablir l’ordre et si elles seront jugées satisfaisantes par les parties prenantes pour reprendre le dialogue.

Pour y arriver, la Nouvelle-Calédonie a besoin d’un changement de tactique. L’exécutif doit reconnaître que les ultimatums et les intimidations ne mènent qu’à la violence. Il est également nécessaire d’augmenter le niveau des interlocuteurs, non pas le ministère de l’intérieur, mais le plus haut niveau de l’Etat, dans l’idée d’adapter les principes juridiques en vigueur en métropole pour permettre l' »émancipation » du territoire, conformément à l’accord de Nouméa de 1998.

L’importance est considérable pour la France, ayant une histoire parsemée de tentatives vaines et violentes en ce sujet, et aussi pour Emmanuel Macron qui, en 2017, a défini la colonisation comme un « crime contre l’humanité ». L’objectif est de parvenir à une décolonisation efficace au XXIe siècle.

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