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« Yambio, survivant sud-soudanais alerte sur Libye »

En cette belle journée de juin 2023, les rayons du soleil bordent les pavés de la ville de Rome. David Yambio, élégamment accoutré avec un costume et une cravate, se tient debout devant le Palais Montecitorio, quartier général de la Chambre des députés où il a été invité à partager les récits des réfugiés bloqués en Libye.

Face à son public, ce jeune Sud-Soudanais de 26 ans, devenu le représentant des réfugiés piégés de l’autre côté de la mer Méditerranée, expose les conditions horrifiantes, l’esclavage, les traitements inhumains et la torture pratiqués dans les centres de détention pour les migrants. Il l’attribue, selon lui, aux dispositifs mis en place par les gouvernements européen et italien, qui financent, forment et fournissent des équipements aux autorités de Tripoli.

L’Union européenne (UE) a alloué près de 700 millions d’euros pour lutter contre les migrations en provenance de Libye entre 2015 et 2022. Mercredi 17 avril, la première ministre italienne, Giorgia Meloni, a effectué son quatrième déplacement en Tunisie en moins d’un an, avec comme principal objectif la lutte contre l’immigration clandestine.

David Yambio, qui se décrit comme un « survivant » de la Libye, a lui-même vécu ces épreuves. Il a passé quatre ans dans ce pays, été capturé dix-sept fois et arrêté quatre fois en mer par des groupes armés faisant office de garde-côtes. Il est familier avec les centres de détention officiels et non officiels, les diverses milices impliquées dans les violences contre les migrants et connaît même le nom de certains tortionnaires. Il a été accueilli par le pape François.

Depuis sa réinstallation en Italie en juin 2022, l’activiste et cofondateur de Refugees in Libya à Tripoli, David Yambio, s’est assigné pour une tâche principale : critiquer l’appui européen aux dirigeants libyens et avertir des results de la délégation des contrôles frontaliers, une procédure dans laquelle Bruxelles confie la regulation des migrations aux nations d’Afrique du Nord en retour d’un soutien économique.

Souvent, Yambio confronte les leaders politiques, tels qu’Antonio Tajani, le ministre des Affaires étrangères italien, qui a été questionné sur les rues romaines concernant les impacts du renouvellement de l’accord de migration italo-libyen en février 2023. Il intervient également dans les conférences et mobilisations devant des lieux tels que le Parlement européen à Bruxelles ou le siège des institutions des Nations Unies à Genève. Son dévouement a conduit à une rencontre avec le pape François au Vatican, connu pour sa sensibilité aux problèmes des migrants.

On peut rencontrer Yambio en se rendant à sa municipalité en bordure de Modène, dans le nord de l’Italie, où il réside actuellement. Le 18 Mars, drapé dans un manteau noir, il nous reçoit dans un café en centre-ville, commandant un jus d’orange avec l’aise d’un client régulier.

Indépendamment de où il se trouve, que ce soit à domicile ou en déplacement, il garde une connexion constante avec la Libye. Il reste en contact avec ses « camarades » de Refugees in Libya qui sont restés sur place, pour être tenu au courant de la progression de la situation. Son numéro de téléphone est également distribué à ceux qui souhaitent mettre en garde contre les violences qu’ils endurent. Parfois, il reçoit des appels directement depuis les centres de détention, ce qui ravive de douloureux souvenirs.

Il se souvient de sa seule aspiration lors de sa détention : écouter une voix provenant de l’extérieur, même si elle ne pouvait pas offrir d’aide immédiate. Il souhaitait seulement que quelqu’un soit conscient de sa situation. Ainsi, quand ce n’est pas une menace pour ses sources, il diffuse volontairement les informations qu’il a rassemblées sur les médias sociaux à des activistes, journalistes, et chercheurs.

Son investissement pourrait avoir des racines dans son passé, particulièrement dans son enfance passée dans des camps de réfugiés en République Démocratique du Congo (RDC) et en Centrafrique. Cela pourrait également être lié à son exil pour fuir le service militaire forcé en 2016 dans son pays d’origine, le Sud Soudan, ou peut-être encore aux abus qu’il a subi en Libye dès 2018.

Il a été témoin de nombreux horreurs, qui l’ont toujours laissé perplexe. Il dit toujours se demander : Pourquoi est-ce qu’il doit endurer tout cela ? Pour les passeurs et les trafiquants, il n’est rien de plus qu’un montant d’argent à acheter et à vendre. Pour les politiciens, il est un outil caché qu’ils peuvent manier à leur guise. Cependant, il insiste sur le fait qu’il n’est pas un criminel, mais uniquement un réfugié. C’est pourquoi il a décidé d’incorporer ces préoccupations dans le débat et d’élever la conscience des gens.

« Besoin de solidarité. »

Au départ, il a réussi à établir des liens de camaraderie avec ses voisins libyens dans le quartier de Gargaresh, à l’ouest de Tripoli. Cependant, une attaque violente menée par les forces de police sur des maisons de migrants le 1er octobre 2021 perturbe cet équilibre délicat, faisant un mort et quinze blessés d’après Amnesty International. Des survivants par centaines se réfugient au siège local du Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR), espérant obtenir un soutien quelconque.

« Le HCR a commencé à offrir des kits d’urgence aux résidents et aux enfants le jour suivant, mais c’était insuffisant et le personnel préférait que nous ne restions pas là » se rappelle David Yambio. « C’est à ce point que j’ai réalisé que nous devions agir ».

Dans les jours à venir, toujours plus de personnes affluent vers le HCR. Le groupe grossit et se structure. Un comité est formé pour protéger le campement des milices, tandis qu’un autre se charge de la médiation entre les onze nationalités représentées. Des assemblées sont organisées et le jeune militant multilingue se distingue comme l’un des leaders de la communauté. Rapidement, des revendications sont formulées par le mouvement et partagées sur les réseaux sociaux. Ainsi, l’ organisation Refugees in Libya voit le jour.

Dans les semaines qui ont suivi ses réussites, ses délégués ont rencontré les responsables du HCR et plus tard, le chef de l’autorité libyenne anti-immigration, Mohammed Al-Khoja. Ils ont obtenu la libération de nombreux détenus des centres d’incarcération et ont relancé le programme d’évacuation des demandeurs d’asile et des réfugiés les plus à risque vers d’autres pays. Le mouvement de résistance a duré plus de cent jours et a rassemblé plus de 4000 personnes, selon les organisateurs.

Alors que David Yambio a finalement réussi à rejoindre l’Italie, beaucoup de manifestants sont toujours en Libye, dépendant de la volonté des diverses autorités locales. Pour leur apporter son soutien, il a choisi de poursuivre sa lutte car, comme il le dit, « tant qu’il y aura de la violence, il y aura un grand besoin de solidarité ».
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