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« Grandir avec un parent bipolaire »

Lorsque Julien Carpentier écoute « Eve, lève-toi » à la radio, une vague d’appréhension le submerge. Cette angoisse n’est pas due à l’harmonie lyrique de Julie Pietri, mais plutôt à la pensée intimidante de sa mère. Pendant ses épisodes maniaques, sa mère s’imaginait être Eve, incarnant la joie et le mouvement de la vie. Pour certains, cela pourrait sembler coupé d’un sketch humoristique, mais pour Julien, c’est un souvenir amer. Il a réussi à transcender cette douleur en projetant cette situation dans une scène du film « La Vie de ma mère », sorti le 6 mars. Ce film, qui a remporté de nombreux prix, dépeint une partie de sa propre histoire : celle d’un homme aux alentours de la trentaine qui se retrouve à gérer le retour imprévu de sa mère bipolaire, qui s’est échappée discrètement d’un hôpital psychiatrique et qu’il n’a pas vu depuis deux ans.

Le personnage de la mère, incarné par Agnès Jaoui, oscille entre charisme et gêne, portant des bijoux aussi voyants que son manteau rouge. Elle a cessé son traitement médical et commence son cycle maniaque. « Pour l’instant, c’est supportable, mais tu sais comment ça finira », dit-il à sa grand-mère, chez qui sa mère s’est réfugiée pour créer un tumultueux festin de couscous. Face à cette femme d’une cinquantaine d’années, vive et excentrique, l’expression grave de l’acteur William Lebghil en dit long. Pour ceux qui vivent à proximité de personnes atteintes de troubles bipolaires, la joie effervescente d’un parent n’est jamais accueillie sans crainte. Elle est le tremblement précurseur du séisme à venir.

Julien Carpentier était un exemple de ces jeunes invisibles, constamment ajustant leur comportement en fonction de l’état d’esprit de leur parent, un symptôme collateral de la maladie mentale. Ces enfants sont souvent négligés et oubliés, comme l’a déclaré Thierry Baubet, responsable du service de pédopsychiatrie à l’hôpital Avicenne à Bobigny. Mais pour vraiment comprendre les répercussions sur les proches, il est crucial de comprendre de quoi on parle et de démystifier les idées fausses sur la folie. Il faut également veiller à ne pas utiliser abusivement le terme (non, avoir des jours meilleurs et pires ne fait pas de vous une personne bipolaire).
En France, selon la Fondation FondaMental, entre 1 % et 2,5 % des gens souffrent de troubles bipolaires chroniques. Bien qu’il y ait plusieurs types de troubles bipolaires, cette condition mentale est généralement marquée par des phases d’hyperactivité et d’exaltation alternant avec des épisodes de dépression sévère, pouvant atteindre un point menant au suicide (estimé entre 10% et 20% à l’échelle mondiale par l’OMS). Plus l’individu a été exalté pendant une phase maniaque, plus la descente sera difficile. Les effets peuvent être dévastateurs, particulièrement sur le plan financier (achats compulsifs, crédits à la consommation, donations à des tiers) et professionnel (abandon scolaire, démission, licenciement, poursuite de projets irréalistes).
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