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« Au centre des ombres, les anciens combattants de Dien Bien Phu »

William Schilardi, Henri Ploskonka et Alexandre Donoso, trois hommes marqués par l’âge et leurs expériences variées, narratif de leur vie passée à Dien Bien Phu en 1954. Cette année marque le 70ème anniversaire des événements qu’ils racontent. Cependant, leurs souvenirs de la guerre en Indochine ne sont pas simplement des cendres froides. Au contraire, ils restent un feu vivace alimenté par la douleur et la colère. Les éclats de métal logés sous leurs cicatrices et les marques sur leur peau semblent raviver la sensation de brûlure infernale.

Ils étaient autrefois parachutistes ou légionnaires, des hommes considérés comme robustes. Ils discutent sans détour ni vantardise de « l’Indo », comme ils l’appellent. « Notre histoire dépasse tout ce qu’on peut imaginer », affirme William Schilardi. Ils sont des héros, mais en décalage avec leur temps. Leur symbole a été associé à la mauvaise cause. L’indépendance est indiscutablement justifiée, ils se retrouvent donc taxés d’être les ‘méchants’, les ‘supporters de l’impérialisme’, les ‘parasites colonialistes’, les ‘vampires du peuple’. On leur avait déjà répété ces accusations de honte lors d’innombrables séances de rééducation, alors qu’ils mouraient un à un de faim, de maladie et de désespoir dans les camps de prisonniers du Vietminh.

Ces trois hommes âgés d’environ 90 ans, qui ont été gravement affectés par le temps, faisaient partie des onze mille prisonniers à Dien Bien Phu. Un grand nombre n’a pas survécu à l’emprisonnement. Ils sont conscients qu’ils sont parmi les derniers survivants à pouvoir témoigner de cette défaite qui a précipité la fin de la colonisation française en Indochine. Alexandre Donoso, l’un d’eux, est décédé en février 2023, quelques mois après notre entretien. Ces derniers témoins acceptent de partager leur histoire uniquement pour rendre hommage à leurs camarades décédés, leurs « frères d’armes ». Leurs fantômes persistent dans leurs souvenirs. Des noms réapparaissent, suivis d’un silence que l’on souhaiterait comprendre. William Schilardi, un des survivants, espère que la France se souviendra d’eux, même s’il n’a qu’une confiance mitigée en cela.

Comme beaucoup de ses camarades, Schilardi, soldat de seconde classe, était simplement un jeune homme du peuple cherchant un avenir. Né en 1933 en région parisienne, d’une famille d’immigrants italiens qui ont fui le fascisme pendant l’entre-deux-guerres, il est appelé « Gino » par son père Pompilio, coiffeur, et sa mère Philomène, blanchisseuse. À l’école, il est victime de moqueries ethniques. Son père lui interdit de critiquer la France, qu’il appelle leur « eldorado ». Rebel, bagarreur et fugueur, Gino voit certains de ses amis devenir de véritables criminel, et lui a flirté avec les maisons de correction après la Libération, pour ensuite travailler comme employé d’abattoir, peintre en bâtiment et barman au Trianon Palace. Le jour de ses 18 ans, le 19 décembre 1951, il s’engage dans l’armée après avoir vu une affiche de recrutement pour des parachutistes. Son choix est pris.

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