À peine installé à la présidence colombienne, Abelardo de la Espriella a imprimé une rupture nette avec la politique étrangère de son prédécesseur Gustavo Petro. Parmi ses premières décisions figure la reconnaissance de la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental, un changement de cap qui constitue pour Rabat l’un de ses succès diplomatiques les plus significatifs en Amérique latine.
La décision est d’autant plus importante que la Colombie avait, sous Petro, rétabli en 2022 ses relations avec la République arabe sahraouie démocratique (RASD), soutenue par le Front Polisario. Bogotá passe ainsi d’une position favorable aux indépendantistes sahraouis à une reconnaissance explicite de la souveraineté marocaine.
Un basculement diplomatique en Amérique latine
L’Amérique latine constitue depuis longtemps un terrain de confrontation diplomatique entre Rabat et le Polisario. Les positions y évoluent souvent au gré des alternances politiques, plusieurs gouvernements de gauche ayant historiquement soutenu la RASD, tandis que d’autres États ont suspendu ou retiré leur reconnaissance.
Le poids de la Colombie donne cependant à ce changement une portée particulière. Avec plus de 50 millions d’habitants, membre de l’OCDE et acteur politique majeur du continent, le pays dispose d’une influence réelle dans la région.
Pour le Maroc, le symbole est fort : un pays qui avait renoué avec la RASD choisit désormais de reconnaître directement la souveraineté marocaine sur le territoire.
Une dynamique internationale favorable à Rabat
Le changement de position colombien intervient dans un contexte diplomatique déjà largement favorable au Maroc. Les États-Unis ont reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental en 2020. La France considère désormais que le présent et l’avenir du territoire s’inscrivent dans le cadre de la souveraineté marocaine, tandis que l’Espagne soutient le plan d’autonomie présenté par Rabat comme une base crédible de règlement.
Cette évolution a été largement documentée par la presse française. Le Monde a notamment souligné que les ralliements successifs des États-Unis, de la France, de l’Espagne et d’autres partenaires avaient renforcé la position du Maroc sur ce dossier.
Le différend reste toutefois ouvert aux Nations unies. Le Front Polisario, soutenu par l’Algérie, continue de réclamer l’indépendance du territoire, tandis que l’ONU poursuit ses efforts en faveur d’une solution politique négociée.
Bogotá et Rabat ouvrent une nouvelle séquence
Au-delà du dossier du Sahara, ce rapprochement pourrait également relancer les relations entre la Colombie et le Maroc. Rabat cherche depuis plusieurs années à renforcer son rôle de carrefour économique et diplomatique entre l’Afrique, l’Europe et l’espace atlantique.
Pour Bogotá, le Maroc représente un partenaire africain disposant d’atouts importants dans les engrais, la finance, l’industrie et les infrastructures.
Mais la portée immédiate de la décision demeure avant tout politique. En obtenant le soutien de l’un des principaux pays d’Amérique latine, Rabat confirme que sa stratégie de long terme sur le Sahara continue de porter ses fruits. Après plusieurs avancées majeures en Europe et en Amérique du Nord, le changement de position colombien marque une percée particulièrement visible sur le continent latino-américain.

