
Claire Enders, souvent considérée comme une icône des médias au Royaume-Uni, est la fondatrice d’Enders Analysis, une entreprise majeure britannique de recherche et de conseil dans les domaines des médias et des télécoms, créée avec sa sœur jumelle. Elle possède une grande influence qui dépasse même les frontières de son pays.
La semaine prochaine, le lundi 24 juin, la proposition de loi visant à modifier l’audiovisuel public français, appuyée par la ministre de la culture, Rachida Dati, sera de nouveau examinée en première lecture à l’Assemblée nationale. Dans ce contexte, Claire Enders, en tant que chercheuse et experte indépendante, exprime sa perspective sur la pertinence d’une comparaison avec la BBC, souvent utilisée par les partisans de la fusion, dans le contexte français.
Elle est interrogée sur son point de vue concernant la réforme de l’audiovisuel public que le gouvernement français souhaite entreprendre. Selon elle, un projet de fusion des institutions de l’audiovisuel public, motivé uniquement par le souhait de le concrétiser, ne peut pas être jugé comme une réforme. Elle pense que la véritable réforme serait d’éliminer toute menace pour l’audiovisuel public, un passage à l’acte entièrement politique et funeste, à la suite de la suppression de la redevance il y a deux ans, car cela a conduit à un contrôle direct de l’État sur les médias publics.
Enders insiste sur la nécessité d’avoir un financement stable, libéré des influences politiques et des cycles électoraux. Elle estime que, sans cela, fusionner les institutions de l’audiovisuel public pourrait être une mauvaise idée et un objectif trop audacieux. Elle exprime sa conviction que la pression concurrentielle est déjà si importante sur l’ensemble du secteur audiovisuel, que pousser les chaînes et les stations à poursuivre un objectif qu’elles ne soutiennent pas pourrait les détourner de leur véritable mission d’information et de culture.
Je soutiendrais même que la division actuelle des entreprises les sauvegarde individuellement : aucun leader omnipotent n’est capable de démanteler toutes ces organisations simultanément. En revanche, leur fusion en une seule les mettrait davantage en péril. De fait, affaiblir la radiodiffusion publique, c’est affaiblir la démocratie.
Qu’entendez-vous exactement par un financement «libéré des cycles électoraux»?
La BBC bénéficie d’un financement sécurisé pour dix ans – auparavant c’était douze ans – ce qui empêche le gouvernement actuel de compromettre ses ressources au gré de sa fantaisie. Boris Johnson, l’ancien premier ministre, et sa ministre de la culture, Nadine Dorries, ont tenté, lorsqu’ils étaient au pouvoir, d’abolir la redevance et la BBC. Nous avons traversé des années de menace, et notre système n’est pas inébranlable.
Pourtant, même si la BBC irritait Boris Johnson et le cercle conservateur – qui, comme l’extrême droite, croient que la radiodiffusion publique doit servir leur propagande -, ils auraient dû se maintenir au pouvoir jusqu’en 2028 pour toucher à la redevance.
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