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8 août 2024 12 h 06 min

« Prix Nobel Yunus forme gouvernement Bangladesh »

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Muhammad Yunus, lauréat du Prix Nobel de la paix, est arrivé au Bangladesh le jeudi 8 août pour diriger un gouvernement intérimaire suite à l’éclatement de violences qui ont entraîné la mort de plus de 400 personnes et le départ de l’ancienne Première Ministre, Sheikh Hasina. Sitôt arrivé à Dacca après une escale à Dubaï, cet économiste de 84 ans s’est engagé à instaurer une démocratie solide à travers des élections rapides et justes.

Le général Waker-Uz-Zaman, chef de l’armée, a annoncé que le serment d’investiture du nouveau gouvernement se tiendra le même jour, devant une centaine de personnes. Il a exprimé sa confiance en Yunus, considérant qu’il est « certainement capable de conduire un beau processus démocratique » pour le bien du peuple.

Yunus, également connu comme « le banquier des pauvres », a fait un appel vibrant à ses compatriotes pour le calme et la construction du pays. Il a également insisté, dans un entretien au magazine britannique The Economist, sur le fait qu’il fera tout pour organiser des élections libres et équitables dans les mois à venir, tout en incitant les jeunes à ne pas se laisser emporter par les règlements de comptes, comme cela a été le cas avec trop de leurs précédents gouvernements.

Tarique Rahman, le leader intérimaire du Parti nationaliste du Bangladesh (BNP), le principal adversaire de Sheikh Hasina, a exhorté mercredi à tenir une élection « aussi rapidement que possible », dans un discours en vidéo transmis depuis son exil à Londres à une foule énorme dans la capitale, Dacca.
Muhammad Yunus a pu retourner au pays grâce à son acquittement mercredi dans un procès en appel pour violation du droit du travail. Sa condamnation précédente à six mois de prison en janvier, la seule portée contre lui parmi plus de cent accusations criminelles, était considérée par ses défenseurs comme étant de nature politique. Il avait dû quitter le pays par la suite.
La décision de « mettre sur pied un gouvernement provisoire (…) avec Yunus comme leader » a été prise lors d’une réunion entre le président Mohammad Shahabuddin, des hauts fonctionnaires militaires, et des représentants du collectif Étudiants contre la discrimination, le mouvement principal à l’origine des manifestations déclenchées début juillet, a annoncé mercredi la présidence du Bangladesh.
L’économiste, qui est reconnu pour avoir aidé des millions de personnes à sortir de la pauvreté grâce à sa banque de microcrédit innovante, avait suscité l’animosité de Mme Hasina, qui l’accusait d’exploiter les pauvres.
Une enquête « équitable » sur les manifestations
Mardi, le président Shahabuddin a dissout le Parlement, comme l’exigeaient les étudiants manifestants et le BNP, un jour après avoir ordonné la libération des personnes arrêtées lors des manifestations et des prisonniers politiques.

Le nouveau chef de la police, Mainul Islam, a indiqué mercredi son intention de mener une enquête impartiale sur les décès liés aux manifestations récentes, tout en présentant ses excuses pour les actions de ses prédécesseurs, qui ont été démis de leurs fonctions par le président. Il a pressé les forces de police, qui sont en grève depuis mardi suite à des attaques contre lui, de recommencer le travail jeudi. Par ailleurs, l’armée a effectué plusieurs remaniements parmi ses hauts officiers, certains d’entre eux ayant été dégradés pour leur relation présumée avec Mme Hasina.

Selon des données fournies par des sources policières, gouvernementales et médicales à l’Agence France-Presse (AFP), le mouvement de protestation a coûté la vie à au moins 432 personnes, dont 122 lundi, le jour le plus sanglant.

Des millions de bangladais étaient dans les rues de Dacca lundi. Ils ont fait irruption au Parlement, incendié des stations de télévision pro-gouvernementales et détruit des statues du père de l’ex-Première ministre, Sheikh Mujibur Rahman, qui est considéré comme un héros de l’indépendance. Les locaux de l’Awami League, le parti de Mme Hasina, ont été incendiés et pillés dans tout le pays. Des magasins et des maisons appartenant à des hindous, un groupe qui est vu par certains comme soutenant Mme Hasina, ont aussi été attaqués, d’après certains témoignages.

Depuis le début de ces évènements, plusieurs centaines de citoyens bangladais, principalement hindous, se sont rassemblés à divers endroits le long de la frontière avec l’Inde, a déclaré Amit Kumar Tyagi, l’inspecteur général adjoint de la Force de sécurité frontalière (BSF) de l’Inde.

Dans le district indien de Jalpaiguri, on compte plus de 600 Bangladais qui se sont massés dans ce qu’on appelle le no man’s land, comme l’a expliqué M. Tyagi. « Etant donné l’absence de barrières à cet endroit, le personnel de la BSF a dû établir une barrière humaine pour les tenir à l’écart », a-t-il affirmé à l’AFP.

Les protestations au Bangladesh avaient éclaté au début du mois de juillet, suite à la remise en place d’un système qui alloue près d’un tiers des postes de la fonction publique aux descendants des vétérans de la guerre d’indépendance. Le gouvernement de Hasina était critiqué par les groupes de défense des droits de l’homme, qui l’accusaient d’utiliser les institutions pour renforcer son pouvoir et éliminer toute opposition.

Hasina, âgée de 76 ans, a repris les rênes du pouvoir en 2009 et a été réélue en janvier pour un cinquième mandat lors d’élections sans réelle concurrence. Cependant, l’armée a finalement retiré son soutien à Hasina, qui s’est réfugiée en Inde par hélicoptère lundi.

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