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Attentat de Berlin: l’Allemagne refuse le tout-sécuritaire

Crédit AFP - By CLEMENS BILAN

Malgré l'attentat qui l'a meurtrie en plein coeur de Berlin, l'Allemagne refuse le tout-sécuritaire et la rhétorique belliqueuse, une particularité par rapport à d'autres pays liée en partie à son histoire.

"J'ai été très fière ces derniers jours du calme avec lequel un grand nombre de personnes ont réagi à la situation", a jugé cette semaine la chancelière Angela Merkel.

L'attaque au camion-bélier, qui a fait 12 morts sur un marché de Noël constitue pourtant une césure pour le pays.

Il s'agit d'une part du premier attentat islamiste de grande ampleur. D'autre part, après avoir été jadis surtout un pays "de transit" ou de refuge pour les auteurs d'attentats jihadistes, comme ceux du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis ou plus récemment de Paris en novembre 2015 et Bruxelles en mars 2016, l'Allemagne, première puissance européenne, est définitivement devenue un pays cible.

Cette semaine, un responsable allemand, le ministre de l'Intérieur de la région de Sarre, Klaus Bouillon, a osé parler d'"état de guerre" dans le pays suite à l'attaque au camion-bélier. Il s'est fait immédiatement rappeler à l'ordre et a dû promettre "d'éviter désormais (de recourir à) ce concept".

Les Unes des journaux, y compris de la presse populaire, sont restées aussi notoirement mesurées.

Au lendemain des attentats du 13 novembre 2015 à Paris (130 morts), le président François Hollande avait parlé lui d'un acte de guerre et décrété l'Etat d'urgence, sans que cela fasse trop débat.

- Tabou du terme 'guerre' -

Une rhétorique similaire avait été employée après les attaques terroristes survenues en Belgique en mars 2016, ou auparavant aux Etats-Unis.

"Aux Etats-Unis, le concept de guerre a été introduit pour les actes de terrorisme", tout comme en France, estime Christian Tuschhoff, expert des questions de terrorisme international à l'Université Libre de Berlin.

Rien de tel en Allemagne. D'une part il s'agit de ne pas attiser les peurs, souligne le président du gouvernement de Saxe-Anhalt, Reiner Haseloff. "Nous ne sommes pas en guerre (...) et nous ne laissons pas les salafistes amener une guerre dans notre pays", a-t-il dit au journal Mitteldeutsche Zeitung.

D'autre part, "ici on associe la guerre avec une forme de violence organisée entre Etats, et dans de nombreux cas historiques, l'Allemagne était l'agresseur, c'est pourquoi on est réticent" à employer ce mot, indique aussi à l'AFP Christian Tuschhoff.

Le gouvernement ne veut pas non plus par une approche trop belliqueuse faire le jeu de la droite populiste de l'Alternative pour l'Allemagne (AfD), qui souffle sur les braises en dénonçant les immigrés et l'islam dans leur ensemble.

- La vie reprend -

Quant aux patrouilles de soldats, armes en bandoulière, devenues monnaie courante en France, elles constituent encore un tabou en Allemagne.

Après la période nazie, le pays a strictement limité dans sa Constitution les possibilités d'intervention de son armée.

Le gouvernement a bien annoncé ces derniers mois un durcissement en matière d'immigration, la création d'emplois de policiers, une extension de la vidéo-surveillance et une accélération des expulsions demandeurs d'asile déboutés, comme l'auteur présumé de l'attentat du marché de Noël.

Mais il n'est pas question par exemple d'un état d'urgence donnant des pouvoirs spéciaux à la police, dans un pays très à cheval depuis la période nazie sur les questions de liberté individuelles.

"Si nous sécurisons tout, contrôlons toutes les entrées des espaces publics, cela ne correspondra plus à la culture d'ouverture qui est la nôtre", a aussi jugé mercredi le maire de Berlin, Michael Müller.

A Berlin, la vie a commencé à retrouver un début de normalité avec la réouverture jeudi du marché de Noël visé par l'attentat. Ailleurs, touristes et Berlinois font leurs achats de Noël.

"Et de toute façon, la sécurité à 100%, ça n'existe pas. Personne ne peut garantir ça, ni la police, ni l'Etat", résume à l'AFP un visiteur d'un des plus grands marchés de Noël de la ville, place Gendarmenmarkt.

Avec AFP

   
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